
Histoire de la psychanalyse
Comment une pratique inventée dans un cabinet viennois pour soigner des femmes qu’on disait hystériques est devenue une façon de penser l’humain — et pourquoi elle n’a jamais cessé d’être contestée.
Le moi n’est pas maître dans sa propre maison.

Freud rangeait cette phrase parmi les trois grandes vexations infligées à l’amour-propre humain : après Copernic, qui a retiré la Terre du centre du monde, après Darwin, qui a retiré l’homme du sommet du vivant, la psychanalyse retirait à la conscience la direction d’elle-même.
C’est cette idée-là, et pas le divan, qui a fait scandale — et qui explique pourquoi, cent vingt ans plus tard, on en discute encore.
Sigmund Freud (1856–1939) est neurologue avant d’être autre chose. Il vient d’une Vienne qui invente en même temps la musique atonale, l’architecture sans ornement et la logique moderne ; il en partagera le sort en 1938.
Il n’a pas découvert l’inconscient : les philosophes et les romanciers du XIXᵉ siècle en parlaient déjà. Il a fait autre chose, de plus dur : il en a tiré une méthode, reproductible, et il a accepté de la corriger pendant quarante ans.
Depuis 1900
Une invention de la fin du XIXᵉ siècle, toujours en travail.

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1885 Paris
Le corps qui parle
Boursier à la Salpêtrière, le jeune neurologue viennois suit les leçons de Charcot sur l’hystérie. Il en rapporte une conviction qui va tout décider : certaines paralysies, certaines cécités n’ont aucune cause organique. Le corps met en scène quelque chose.
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1895 Vienne
La cure par la parole
Études sur l’hystérie, avec Josef Breuer. Une patiente, Bertha Pappenheim — restée célèbre sous le nom d’Anna O. — baptise elle-même le traitement : talking cure. Le nom vient d’elle, pas d’eux. La psychanalyse commence par une patiente qui explique à son médecin ce qui la soulage.
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1900 Vienne
Le rêve a un sens
L’Interprétation du rêve. Le rêve n’est ni un désordre du sommeil ni un présage : c’est un texte, déformé par une censure, et il se déchiffre. Il s’en vend trois cent cinquante et un exemplaires en six ans. Freud le tiendra toujours pour son livre le plus important.
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1901–1905 Vienne
Le quotidien devient une pièce à conviction
Psychopathologie de la vie quotidienne, puis les Trois essais sur la théorie sexuelle. Les lapsus, les oublis de noms, les objets perdus cessent d’être des accidents. Et l’enfance cesse d’être l’âge de l’innocence — ce qui vaudra à Freud quarante ans d’hostilité.
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1909 Worcester, États-Unis
La sortie d’Europe
Invité à la Clark University, Freud donne cinq conférences en allemand devant un public américain. C’est la première reconnaissance universitaire, et le début d’une diffusion mondiale qui échappera vite à son auteur.
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1910–1914 Nuremberg, Vienne, Zurich
L’institution, et aussitôt les ruptures
Fondation de l’Association psychanalytique internationale. Puis les départs : Alfred Adler en 1911, Carl Gustav Jung en 1913-1914. La psychanalyse se divise dès sa première décennie, et n’arrêtera plus. Ses scissions sont sa façon de rester vivante autant que sa maladie chronique.
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1920–1923 Vienne
Après la guerre, penser le pire
Au-delà du principe de plaisir, puis Le Moi et le Ça. Les cauchemars répétitifs des soldats revenus du front ne cadrent pas avec la théorie : Freud refait la théorie. Apparaît ce que tout le monde connaît aujourd’hui sans toujours savoir d’où ça vient — le ça, le moi, le surmoi.
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1926 Paris
La psychanalyse en France
Fondation de la Société psychanalytique de Paris, autour notamment de Marie Bonaparte, qui traduira Freud et le fera lire en français. La France, longtemps réticente, deviendra l’un des pays où la psychanalyse s’enracine le plus profondément.
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1938 Vienne → Londres
L’exil, avec le divan
Après l’Anschluss, Freud, juif, quitte Vienne à 82 ans pour Londres. Ses livres avaient déjà brûlé à Berlin cinq ans plus tôt. Quatre de ses sœurs, restées, mourront en camp. Le divan, lui, fait le voyage : il est encore à Londres, dans la maison de Maresfield Gardens.
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1939 Londres
La fin
Freud meurt le 23 septembre, d’un cancer de la mâchoire qu’il traîne depuis seize ans et une trentaine d’opérations. Il a demandé à son médecin de ne pas le laisser souffrir inutilement, et il a été entendu.
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1945–1980 Londres, Paris
Après Freud, les autres
Melanie Klein et Anna Freud ouvrent — en s’opposant — l’analyse aux enfants. Donald Winnicott invente les mots que les parents emploient aujourd’hui sans le savoir : objet transitionnel, mère suffisamment bonne. En France, Jacques Lacan appelle à un « retour à Freud » et provoque les scissions de 1953 et 1964. Françoise Dolto, elle, passe par la radio : en 1976, elle répond aux parents sur France Inter.
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Aujourd’hui Partout
Contestée, et toujours là
La psychanalyse n’est plus la reine des thérapies, et c’est très bien ainsi. Elle a perdu des terrains où elle n’aurait jamais dû régner — l’autisme au premier chef. Il lui reste ce que personne d’autre ne propose : un lieu où l’on n’est ni évalué, ni corrigé, ni optimisé, et où l’on a le temps d’entendre ce qu’on dit.
L’objet
Le divan de Maresfield Gardens

C’est une banquette offerte à Freud vers 1890 par une patiente reconnaissante, Madame Benvenisti. Elle est couverte de tapis persans et de coussins, ce qui la fait ressembler beaucoup plus à un divan d’Orient qu’au meuble clinique de l’imagerie populaire.
Son usage vient d’un aveu pratique de Freud : il supportait mal d’être regardé huit heures par jour. Une contrainte personnelle est devenue un dispositif : ne plus voir le visage de celui qui écoute allège la parole de tout ce qu’elle passe son temps à surveiller sur un visage.
Le divan a fait le voyage de Vienne à Londres en 1938. Il n’a plus bougé.
Et maintenant
Ce que la psychanalyse a laissé dans la langue commune
Inconscient
Non pas ce qu’on ignore, mais ce qui insiste à notre insu et se manifeste dans nos actes.
Refoulement
Ce qui est écarté de la conscience ne disparaît pas : cela revient, déformé, par le rêve, le symptôme ou le lapsus.
Transfert
Ce qui se rejoue, dans la relation à l’analyste, d’histoires bien plus anciennes. C’est l’obstacle du travail — et son moteur.
Ambivalence
Aimer et détester la même personne, en même temps. Pas une contradiction à résoudre : la règle.
Acte manqué
Un rendez-vous oublié, un prénom échangé, une clé perdue. Raté pour l’intention consciente, réussi pour une autre.
Uniquement sur rendez-vous
Prendre rendez-vous
Appelez et laissez, si besoin, un message avec votre prénom et un numéro. Je ne prends pas de rendez-vous par courriel : un premier contact de vive voix évite bien des malentendus.
06 10 28 64 8810 boulevard Gabriel Guist’hau, 44000 Nantes
Si ça ne peut pas attendre
Un cabinet fonctionne sur rendez-vous, et un rendez-vous se prend quelques jours à l’avance. Ce n’est pas la bonne réponse à une urgence. Ces numéros, si.
- 3114 Prévention du suicideGratuit, 24 h/24, 7 j/7. Un infirmier ou un psychologue répond. Pour soi, ou pour quelqu’un dont on s’inquiète.
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